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« Comme tu m’as envoyé dans le monde » : l’évangile et l’Église émergente.

Intervention à l’IBG (Institut Biblique de Genève) lors du séminaire « Un ministère centré sur l’évangile » (mai 2012)

 

Le titre fait allusion, bien entendu, à la prière sacerdotale de Jésus : « Comme tu m’as envoyé dans le monde,  je les ai aussi envoyés dans le monde » (Jean 17.18). Cette mission est précisée dans le verset précédent  (« Ils ne sont pas du monde, comme moi, je ne suis pas du monde ») et sécurisée par la promesse du verset suivant (« Sanctifie-les par la vérité : ta Parole qui est la vérité »).

 

Après sa résurrection, Jésus apparaît à ses disciples et leur signifie la même mission : « La paix soit avec vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jean 20 v21).

 

Puis juste avant son ascension, Jésus communique le grand ordre missionnaire : « Allez faites de toutes les nations des disciples (…) et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit » (Matthieu 28.19-20), ce qui inclut forcément l’ordre d’aller faire de toutes les nations des disciples ! Tous les chrétiens sont donc impliqués d’une façon ou d’une autre dans cette mission.

 

Qu’en est-il de la France ? Dans sa lettre au roi François 1er, qui sert en quelque sorte de préface à son « Institution de la Religion Chrétienne », Jean Calvin a écrit :

 

Mon propos était d’enseigner quelques rudiments, par lesquels ceux qui seraient touchés de quelque bonne affection de Dieu fussent instruits à la vraie piété. Et principalement je voulais par ce mien labeur servir à nos Français : desquels j’en voyais plusieurs avoir faim et soif de Jésus-Christ, et bien peu qui en eussent reçu droite connaissance.

 

 

La France d’aujourd’hui n’est pas tellement différente. Il y a une soif spirituelle mais peu de nos contemporains ont « droite connaissance » de l’évangile. Autrement dit, nous constatons tous les jours l’inculture religieuse en général, et une grande ignorance de l’évangile en particulier.

 

« Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ». Jésus a été envoyé dans un contexte particulier – parmi le peuple juif du 1er siècle – mais avec un message universel. Dieu nous envoie dans un contexte particulier avec ce même message. Comment le communiquer dans la France d’aujourd’hui ?

 

Le sous-titre de mon livre « Servir à nos Français » (expression tirée du texte de Calvin que je viens de citer) indique que je cherche à répondre à cette question en faisant un détour par un mouvement contemporain qui est de plus en plus influent : « Le défi de l’Église émergente ».  Ce mouvement se caractérise avant tout par le désir d’être en phase avec le monde tel qu’il est aujourd’hui et dans lequel les chrétiens sont envoyés par leur Maître.

 

Ma réflexion sur le thème de la contextualisation de l’évangile se fera donc en dialogue avec ce mouvement, mais c’est un exercice périlleux ! A la parution de mon livre,  j’ai reçu deux réactions diamétralement opposée :

 

« (Ce livre) manifeste une opposition majeure à l’esprit de l’église émergente, au nom             d’une orthodoxie évangélique rigide, héritant de dogmes moyenâgeux (« la             substitution pénale ») et impliquant, plus ou moins, un manque de considération pour             ceux qui nous entourent, dans la mesure où on n’est pas loin d’une séparation tranchée             entre les ‘sauvés’ et les autres ».

 

« Je n’ai rien à opposer à vos développements sur la centralité de la notion du salut.             (Mais) la multiplication de perspectives et de points d’attaque donne parfois             l’impression d’une vue kaléidoscopique bigarrée, mais un peu trop « postmoderne »             pour être tout à fait claire (…) Je vois l’aboutissement de votre œuvre comme une             tentative d’inculturation inopportune, voire dangereuse de par tous les amalgames             fâcheux qu’elle peut induire ».

 

Et les auteurs de ces lignes parlent du même livre !

 

Qu’est-ce qu’une Église émergente ?

 

Nous vivons actuellement un contexte inédit dans le monde occidental : au niveau de l’éthique personnel et communautaire, on a remis en question les « certitudes » de la raison humaine héritée de l’humanisme du siècle des lumières. Comme André Comte-Sponville l’a joliment dit : « La postmodernité, c’est ce qui reste quand on éteint les lumières ». Par conséquent, il n’est pas étonnant que des questions théologiques surgissent.

 

Au cours de la dernière décennie, c’est surtout dans le domaine de l’ecclésiologie que ces questions se posent avec la plus grande acuité.

-       Quels sont les contours d’une Église qui permette de vivre au mieux sa foi dans ce monde ultramoderne ?

-       Quelle est la doctrine de l’Église telle que présentée par le Nouveau Testament – à distinguer des pratiques ecclésiales héritées des générations précédentes ?

 

Afin de concrétiser ces réflexions et leur mise en œuvre, on trouve toute une panoplie d’appellations pour désigner cette recherche :

  • « de nouvelles expressions d’Église »
  • « l’Église fluide »
  • « l’Église chaotique »
  • et celle qui est certainement devenue la plus courante à l’échelle mondiale : « l’Église émergente »

 

Mais avant de pouvoir développer le sujet, il est nécessaire de faire deux observations importantes.  La première, c’est que dans la missiologie classique, cette expression d’« Église émergente » désignait surtout les Églises du Sud, les Églises africaines ou asiatiques, implantées par les missions et les dénominations occidentales mais qui commençaient à vivre une certaine autonomie et une certaine inculturation. Je n’aborde pas cette thématique lors de cette intervention. La seconde observation, c’est que dans son usage contemporain, le terme « émergent » traduit deux mots en anglais : « emerging » et « emergent » : le premier fait référence à un mouvement informel, non structuré et non homogène, aussi diversifié que l’univers évangélique, alors que le deuxième est une plateforme américaine (avec des partenaires dans d’autres pays) qui est un véritable réseau organisé et qui se veut une plateforme de réflexion philosophique et pratique (ce que les participants appellent « une conversation »). Les responsables d’Églises rattachés à « emergent », tels que Tony Jones et Brian McLaren, incarnent le ton plus radical souvent adopté par ce réseau.

 

 

Les contours des Églises du courant émergent

 

Quels sont les contours de l’Église émergente ? La réponse à cette question n’est pas simple, et cela pour plusieurs raisons ! Tout d’abord parce qu’il existe de nombreuses analyses différentes : ce qui suit sera ma synthèse personnelle et par conséquent forcément subjective. Ensuite parce que, comme nous l’avons vu, il existe beaucoup d’a priori et de réticences, qui sont totalement compréhensibles d’ailleurs, mais il faut avouer que ces réserves rendent le sujet délicat à aborder.

 

Une autre difficulté est culturelle. Il faut également se rendre à l’évidence qu’une grande partie de la réflexion sur les Églises émergentes se fait dans un contexte anglo-saxon, surtout (mais pas uniquement) par des personnes en réaction contre le traditionalisme des Églises évangéliques britanniques ou contre une certaine version du fondamentalisme américain. Je pense à un témoignage que j’ai lu sous la plume d’un pasteur américain qui s’étonne de là où son évolution personnelle l’avait amené : « Mais qu’est-ce que je faisais là au vernissage de cette exposition, un verre de vin à la main ? ».

 

Certains auteurs américains situent donc leurs réflexions dans une perspective que les européens ont du mal à saisir. Pour être un peu caricatural : « Au secours, notre pays n’est plus chrétien », alors qu’en Europe on n’y croit plus depuis longtemps. Voici un exemple très parlant : Mark Driscoll écrit qu’il avait décidé d’implanter une nouvelle Église à Seattle parce que (je le cite) « Seattle est une des villes les plus sécularisées aux Etats-Unis, avec seulement 8% de chrétiens évangéliques dans sa population » !

 

En revanche, lorsque je fais une intervention sur l’Église émergente, certains pasteurs francophones réagissent en disant : « Mais tout cela, on le fait déjà ! Je ne trouve rien de nouveau dans ces réflexions» … et ils n’ont pas complètement tort. Il m’est arrivé de penser en lisant la description d’une Église émergente faite par les auteurs anglo-saxons : « Mais ils sont en train de décrire nos Églises évangéliques françaises ! ».

 

Une dernière difficulté est liée à l’enthousiasme de certains promoteurs de ce mouvement. Ces auteurs utilisent souvent un langage délibérément provocateur pour faire bouger les lignes. Brian MacLaren est un peu spécialiste de cette démarche, et il l’avoue ouvertement : voici un exemple parmi tant d’autres : « Je crois que si Jésus était vivant aujourd’hui, il ne se permettrait pour rien au monde que l’on l’associe aux chrétiens ».

 

Cela dit, et malgré tout, je pense qu’il faut regarder de près ce mouvement puisqu’il se caractérise par le désir de bien vivre et communiquer la foi chrétienne dans le contexte occidental contemporain. Pour nous permettre d’en faire une évaluation fondée et de voir dans quelle mesure ces réflexions peuvent nous aider dans notre mission « d’envoyés dans le monde », il faut savoir de quoi l’on parle : je propose donc ma synthèse personnelle des contours des Églises qui se reconnaissent dans ce mouvement extrêmement hétérogène. J’ai repéré six caractéristiques mais tout se tient : il faut comprendre chaque caractéristique comme une partie intégrante de l’ensemble pour en saisir l’enjeu.

 

1) Une Église « missionnelle » 

 

Pourquoi ce néologisme, à la place du mot plus classique « missionnaire » ? Il me semble qu’il y a deux raisons. D’abord pour contourner un malentendu par rapport au lieu de la mission : le terme mission est souvent compris seulement en relation aux pays lointains. Ensuite, pour contourner un malentendu par rapport à la nature de la mission : les Églises émergentes ont le souci d’exercer un ministère holistique à l’instar de Jésus, à tous les niveaux : corps, âme, famille et catégories sociales. En participant à la vie de la société, l’Église manifeste la crédibilité de l’Évangile.

 

Afin de vivre la mission contextualisée dans la société occidentale contemporaine, la toute première étape serait de vivre en  église incarnationnelle : Jésus a vécu dans une culture donnée et il ne peut être pleinement compris que dans la prise en compte de cette culture. S’il a également été un modèle de contre-culture, c’est seulement après avoir rejoint ses contemporains là où ils étaient, pour qu’ils comprennent à quel point il remettait en question certains aspects de cette culture. Et il faut qu’il en soit de même pour nous. Dans le jargon de certaines Églises émergentes, il faut chercher à être incarnationnel plutôt qu’attractionnel (je m’excuse auprès des puristes de la langue française). Autrement dit, il s’agit de vivre sa foi parmi ses contemporains plutôt que de chercher à les attirer dans nos réunions.

 

J’ai lu l’anecdote suivante dans un livre sur l’Église émergente. Un pasteur a rencontré un jeune dans un Starbucks et ils ont échangé profondément sur la foi chrétienne. Le jeune, vivement intéressé par le sujet, pose la question au pasteur :« C’est quand votre culte ? ». Celui-ci répond : « Tu viens de le vivre ! ».

 

Comme beaucoup de missiologues, les Églises émergentes utilisent l’expression Missio Dei pour indiquer que, au fond, toute mission est à l’initiative de Dieu (et non pas d’une Église), ce qui est fort juste . Cependant dans certains écrits du mouvement émergent, on arrive presque à affirmer que « ce que le Seigneur est en train de faire » est surtout en-dehors des Églises. J’ai personnellement entendu le témoignage d’un pasteur qui a prétendu que lorsque deux voisins non chrétiens se réconcilient, c’est le royaume de Dieu qui avance. Il faudra veiller à ce que l’expression Missio Dei ne nous éloigne pas de l’une des raisons d’être de l’Église : être le corps de Christ visible sur la terre car « à ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples si vous avez de l’amour les uns pur les autres » (Jean 13.35).

 

 

2) Une Église qui prend en compte la postmodernité

 

Dans un contexte où nos contemporains ne pensent pas qu’il soit possible d’affirmer qu’il y a une véritable explication de la vie (ce qui est grosso modo l’affirmation centrale de la postmodernité ou de l’ultramodernité –les avis divergent sur le terme le plus approprié !), il nous faut chercher des approches qui nous permettent d’affirmer le contraire, mais de telle façon que la foi chrétienne reste crédible. Selon les courants émergents, trois approches se dégagent :

  • certains chercheront à témoigner à des postmodernes pour les délivrer du relativisme dans lequel ils sont piégés
  • d’autres chercheront à témoigner auprès de postmodernes en vivant dans la culture contemporaine où les chrétiens sont appelés à proclamer Christ et l’Évangile
  • un troisième courant, minoritaire mais qui attire beaucoup de polémiques, affirme qu’il faut témoigner en tant que postmodernes : les personnes qui adoptent cette approche mettent en doute (comme certains philosophes postmodernes) la capacité du langage humain à communiquer la vérité, même (ou surtout) concernant Dieu, et utilisent plutôt un vocabulaire de cheminement vers la vérité.

 

Par ailleurs, pour certains promoteurs de l’Église émergente, le mot « modernité » désigne tout ce qui porte atteinte à la vraie vie. D’après eux, son approche rationaliste nous pousse à ne penser qu’en fonction de dualismes créent des oppositions, des séparations (même entre « sauvés » et « perdus »), ce qui limiterait notre liberté. Ce courant à l’intérieur des Églises émergentes se distance même de la Réforme, y voyant un mouvement qui puise dans la même source que la Renaissance humaniste et qui aboutit au rationalisme du Siècle des Lumières. Cela se manifeste par l’accent mis sur la lecture, la pensée linéaire, l’exégèse raisonnée. Par conséquent, selon ces personnes, il faudrait s’y opposer, et le courant radical émergent propose deux moyens pour y arriver. D’abord en « déconstruisant », c’est-à-dire en démontrant à quel point il faut être méfiant vis-à-vis des mots, des concepts, des certitudes que nous utilisons puisque tout dépend du contexte dans lequel ils se trouvent, contexte dont nous sommes la plupart du temps totalement inconscients. Ensuite, en mettant en valeur d’autres traditions chrétiennes, en particulier catholique ou orthodoxe, d’où un retour à des liturgies qui font appel aux cinq sens au-delà de la pensée rationnelle.

 

Pour ma part, je pense que l’approche missiologique permet de mieux rester fidèle à l’évangile il s’agit du désir d’apporter la bonne nouvelle dans une autre culture, en traversant les frontières qu’elles soient géographiques ou chronologiques, mais sans adapter le message au point de perdre ses contours bibliques. Le dicton « celui qui épouse l’air du temps sera bientôt veuf » s’applique autant à la culture postmoderne qu’à toutes les autres cultures que l’évangile à pénétré au cours des siècles.

 

3) Une Église qui remet en valeur la vie de Jésus et cherche son Royaume

 

Dans le mouvement émergent, on martèle le refus de l’idée que la foi chrétienne se réduit uniquement à l’assurance « d’aller au ciel » à sa mort. On remet en valeur la vie et l’enseignement de Jésus, ce qui est parfois une critique voilée de l’approche évangélique qui évoque plus souvent la mort de Jésus que sa vie, et qui lirait plus souvent les épîtres que les évangiles.

 

Cet accent mis sur l’enseignement de Jésus explique aussi l’importance attachée à l’orthopraxie (c-à-d le comportement du croyant) par les Églises émergentes. L’orthodoxie doctrinale ne suffit pas : les Églises ont vécu trop de scandales au cours des dernières années et le public en est très conscient. Bien entendu, l’orthopraxie n’exclut pas l’orthodoxie, mais on souligne selon Matthieu 7.16 que « vous les reconnaîtrez par leurs fruits » (et non pas par leur théologie) et que « la foi sans les œuvres est morte » (Jacques 2.26). Le sage est celui qui met en pratique les paroles de Jésus (Mt 7.24-27).

 

Il faut donc s’inspirer de la vie de Jésus pour que son royaume émerge, là où ses disciples cherchent à faire du bien à tous. Cela fait dire à plusieurs que la missiologie ne devrait pas être envisagée comme une branche de la théologie, mais l’inverse : la théologie, et notamment l’ecclésiologie, devrait être envisagée comme une sous-partie de la missiologie.

J’ai déjà mentionné la mission holistique : Jésus s’est intéressé aux marginalisés, aux prostituées, aux collecteurs d’impôts, aux handicapés, aux aveugles. Jésus s’est intéressé aux personnes entières de la société entière : « Je vous ai donné un exemple, afin que vous fassiez comme je vous ai fait » (Jean 13.15).

 

4) Une Église qui cherche à entrer dans l’espace public pour le transformer

 

Dans le contexte nord-américain, les adhérents des Églises émergentes auraient tendance à voter démocrate, ce qui est scandaleux aux yeux de bon nombre d’évangéliques états-uniens qui sont plutôt conservateurs ! Ce choix est dicté par la redécouverte de la dimension sociale de l’Évangile, sans verser dans le libéralisme d’une génération précédente du protestantisme américain inspirés par « l’Évangile social » prôné par (entre autres) Walter Rauschenbusch.

 

Selon bon nombre des promoteurs du mouvement émergent, à qui la faute si on sépare sacré et profane ? A la modernité rationaliste bien entendu qui réfléchit (comme on l’a déjà vu) en termes de dualismes (« l’un ou l’autre ») plutôt que de privilégier « l’un et l’autre à la fois ».

 

Dans notre contexte français, où la laïcité est au cœur des relations entre les Églises et l’espace public, il faut évidemment éviter de faire l’amalgame entre le refus d’une distinction entre le sacré et le profane et le refus de la laïcité. Le chrétien doit tout faire pour la gloire de Dieu (1 Corinthiens 10.31) et doit respecter la laïcité en ce qui concerne l’espace public institutionnel. Mais il ne faut pas confondre celui-ci avec l’espace public citoyen où la liberté d’expression a toute sa place, et où le chrétien peut annoncer ces convictions concernant l’évangile.

 

5) Une Église qui privilégie la communauté

 

Le mouvement émergent propose une ecclésiologie qui met l’accent sur la communauté. On constate un certain rejet des « méga churches » impersonnelles puisque celles-ci n’encourageraient pas suffisamment les relations de proximité.

 

Voici le genre de questions que se posent les responsables d’Églises émergentes : Peut-on imaginer d’autres formes de culte plus adaptées à notre vie contemporaine pour exprimer sur les plans théologique, esthétique et anthropologique la raison d’être de nos rassemblements ? Sommes-nous obligés de nous asseoir en rangées ? La prédication est-elle obligée d’être à sens unique ? Ne pouvons-nous pas profiter d’autres expressions artistiques que « la louange » ?

 

Derrière ces interrogations se profile une affirmation théologique massive : Une église est composée de personnes engendrées par un Dieu de relation. La relation dynamique du Dieu trinitaire – le Père, le Fils et le Saint-Esprit – doit être le modèle qui inspire et structure l’Église, et ce flux de relations se traduira nécessairement par des formes culturelles différentes.

 

Qu’en est-il donc du « culte » – la rencontre la plus fréquentée de l’Église ? Certaines Églises émergentes considèrent un culte renouvelé et repensé comme étant central dans leur vécu et leur développement. Dans la majorité des cas, on parlera alors d’Églises émergentes avec des cultes alternatifs, en cherchent à connecter l’Église avec des aspects particuliers de la culture environnante. La créativité liturgique est donc un élément clé pour combler le fossé entre l’expérience ecclésiale et le reste de la vie. Ces Églises veulent éviter le phénomène de « bulle » par lequel les chrétiens vivent leur relation avec Dieu dans un monde parallèle (où on rentre « dans la présence de Dieu » – thème fréquent dans les chants de louange), ce qui risque de ne pas les préparer à vivre leur relation avec Dieu tout au long de la semaine.

 

6) Une Église qui favorise la diversité

 

Cette attitude est également une indéniable contestation de l’évangélisme dans sa forme actuelle. Certaines Églises émergentes se voudraient « post-évangéliques », de la même manière que la plupart des évangéliques avaient succédé aux fondamentalistes des années 1960. Elles se placent volontiers dans la perspective classique de l’Église appelée à se réformer sans cesse (ecclesia semper reformanda).

 

Deux thèmes sont souvent évoqués par les partisans de ce mouvement :

 

  • Ils se méfient de la théologie systématique, lui préférant la narration car ils ont le sentiment que Dieu dépasse les limites de la théologie. Ce n’est pas un refus de la théologie systématique en tant que telle, mais plutôt une invitation au dialogue pour s’approcher peu à peu de la vérité. Il ne s’agit pas du libéralisme classique. Un auteur l’a exprimé ainsi : la Bible est la parole de Dieu inspirée mais elle est comme un puzzle – certaines pièces semblent manquer dans la composition de l’image totale alors que d’autres pièces dans le coffret ne semblent pas trouver leur place. (D’ailleurs le courant émergent voit le libéralisme comme un système « dualiste » lui aussi issu de la modernité rationalisme).

 

  • Ils se méfient de la notion d’appartenance qui est caractéristique du monde évangélique. On craint d’exclure les autres par des lignes de démarcation trop rigides. Mais cette attitude poussée trop loin peut à juste titre provoquer une interrogation légitime, puisque le Nouveau Testament appelle les gens à changer de camp, à se repentir, à suivre Jésus et à devenir ses disciples.

 

À partir de ces débats, il n’est pas difficile de comprendre comment Brian McLaren, écrivain bien connu au service de l’aile radicale du mouvement émergent, peut arriver à l’idée centrale de son livre Une église généreusement orthodoxe. En effet il prétend que le royaume de Dieu est une réalité qui est bien plus vaste que ce que nous entendons généralement et qu’il faut y inclure tous les aspects différents du christianisme (catholique, orthodoxe, libéral, évangélique entre autres) qui contribuent au royaume de Dieu. L’image qu’il propose est celle d’un tronc d’arbre à l’intérieur duquel on observe tous les cercles progressifs laissés par la croissance. Cependant, ce qui frappe le lecteur, c’est que McLaren ne semble pas démontrer une recherche de cohérence dans ses propos. Sommes-nous obligés d’abandonner notre faculté de raisonner à ce point ?

 

Une évaluation du mouvement d’Églises émergentes.

 

Comment bien réfléchir ce phénomène ? La consigne que Paul donne dans 1 Thessaloniciens 5.21-22) reste très pertinente : « Mais examinez toutes choses ; retenez ce qui est bon ; abstenez-vous de toute espèce de mal ». Et cela est d’autant plus pertinent en ce que cette recommandation se trouve dans un contexte où il est question de prophètes (v22), puisque selon un fin observateur des tendances ecclésiales actuelles, Scott McNight, le mouvement émergente se veut « un mouvement prophétique ».

 

Je propose une évaluation autour de trois affirmations :

 

  • Il ne faut pas se tromper d’époque.
  • Il ne faut pas se tromper d’évangile.
  • Il ne faut pas se tromper de culture.

 

1) Il ne faut pas se tromper d’époque

 

La première motivation des Églises émergentes est le désir de prendre au sérieux la réalité du monde « post-moderne » / « ultra-moderne », où on ne croit plus à la possibilité d’un grand récit explicatif de la condition humaine (« l’incrédulité à l’égard des méta-récits » selon la célèbre formulation de Jean-François Lyotard).

 

En tant que président des GBU, je mesure l’abîme qui sépare les étudiants d’aujourd’hui à ce que j’ai vécu en tant qu’étudiant en mai 68. À cette époque, je dressais un stand de Bibles, et autour de nous on tenait toute une palette de stands – marxiste-léniniste, trotskiste, maoïste, guevariste … et chacun pensait détenir LA vérité. Chaque groupe croyait qu’il suffisait de persuader les autres d’adhérer à cette vérité pour changer le monde. Aujourd’hui cela semble littéralement « incroyable ». Personne ne détient la vérité, il faut être tolérant. Ceux qui croient à quelque chose sont a priori suspects. Deux présidents d’université ont refusé une salle de réunion aux GBU parce que, selon eux, nous faisons du prosélytisme. Quand je leur ai demandé pour quelles raisons ils affirmaient cela, et ce que l’on faisait pour mériter ce reproche, leurs réponses identiques m’ont fait toucher du doigt la réalité de notre époque : « J’ai regardé sur votre site internet. Vous avez une confession de foi ». Rien de plus ! Il suffit de croire à quelque chose pour être suspect.

 

Grande est donc la méfiance provoquée dans le monde ultramoderne par ceux qui prétendent détenir une vérité explicative de notre existence ! Par conséquent, il faut en tenir compte dans notre évangélisation. Comment ? En cherchant à démontrer concrètement la plausibilité du récit biblique par notre vie individuelle et communautaire. Aujourd’hui, plus que jamais, nos contemporains sont à la recherche du relationnel – et cela tombe bien car il est au centre de la foi chrétienne : le Dieu trinitaire (relationnel depuis toute l’éternité !) cherche à vivre une relation avec les humains et nous sauve avec cet objectif (« La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ » – Jean 17 v3). C’est sans surprise que nous constatons que les deux plus grands commandements sont totalement relationnels (Matthieu 22.36-38).

 

Je conclus que la plausibilité de notre foi passe par le vécu humain des chrétiens, et en particulier par notre acceptation de notre humanité et par la communauté des croyants.

 

En ce qui concerne notre humanité, je vois trois aspects qui communiquent la plausibilité de notre foi.

 

  • Notre solidarité humaine. Il ne s’agit pas uniquement de l’action sociale et de l’action humanitaire mais aussi tout simplement du fait de s’intéresser vraiment aux autres.
  • Notre identité humaine. Qui sommes-nous ? La compréhension est possible seulement si nous acceptons à la fois la valeur de l’être humain (créé à l’image ou en image de Dieu) mais aussi de sa misère en raison de sa rébellion vis-à-vis de Dieu.
  • Notre vécu humain. Notre conversion est suivi par la restauration progressive de l’image de Dieu, qui avait été ternie par la chute. Les chrétiens sont par conséquent les plus humains de tous les humains !

 

En ce qui concerne la communauté des croyants (l’Église), c’est le lieu de relations par excellence, où la réconciliation avec Dieu aboutit à la réconciliation entre chrétiens (les juifs et les païens servant de paradigme). C’est la raison pour laquelle Jésus a pu dire (dans Jean 13.35) : « A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples si vous avez de l’amour les uns pour les autres ». L’apôtre Paul ajoute de son côté que les Corinthiens étaient « une lettre écrite et lue par tous les hommes » (2 Corinthiens 3.2).

 

Il ne faut pas se tromper d’époque. Les chrétiens sont appelés à rendre plausible le message de l’évangile dans le contexte actuel. Il ne s’agit pas de viser la convivialité (une soirée non chrétienne peut être conviviale !) mais l’authentiquement humain.

 

 

2) Il ne faut pas se tromper d’évangile

 

La deuxième motivation d’au moins certaines Églises émergentes est le refus du fondationnalisme. Pour beaucoup de responsables d’Églises françaises, ce terme peut sembler abstrait, obscur, loin de nos préoccupations quotidiennes. Néanmoins, lorsque l’on lit les sites et les blogs des penseurs du courant émergent, surtout aux USA, c’est un thème récurrent. Pour mémoire, un fondationnaliste pense que l’on peut fonder objectivement la connaissance, en particulier à partir de certaines vérités basiques, en mettant au fondement de toute connaissance des axiomes, des postulats, c’est-à-dire des éléments pensés comme sûrs, quoi que non susceptibles d’être prouvés.

 

Tout un pan du monde philosophique contemporain, et par ricochet notre monde quotidien, est de plus en plus postfondationnaliste, c’est-à-dire on affirme qu’aucune vérité universelle ne peut être connue en-dehors de son contexte culturel, social et linguistique. Avant donc de penser de façon rationnelle, on a déjà tellement incorporé une vision du monde qu’il est impossible d’arriver à une connaissance universelle et objective.

 

Les chrétiens adhèrent traditionnellement au fondationnalisme parce qu’ils veulent fonder leurs convictions, et disent que l’on peut « connaître » la vérité. Néanmoins certains courants émergents sont beaucoup plus réticents dans leurs affirmations et préfèrent évoquer la nécessité de « cheminer ensemble vers la vérité ».

 

Je propose que la meilleure approche pour communiquer l’évangile à une génération qui a été marquée (souvent sans le savoir) par le postfondationnalisme, et par conséquent pour développer des Églises bibliques en phase avec notre époque, c’est d’enseigner le fil rouge de l’histoire selon la Bible dans nos Églises et  dans notre évangélisation. Cette approche consiste à raconter le sens de l’histoire selon la Bible en demandant à l’auditeur, explicitement ou implicitement, si celui-ci ne correspond pas à la réalité.  Cette approche évite en quelque sorte le conflit entre fondationnalistes et antifondationnalistes (et je répète que la plupart de nos contemporains ont opté d’un côté ou de l’autre sans en être conscient), puisque l’on contourne en quelque sorte le problème dans un premier temps, tout en ouvrant des perspectives intéressantes une fois que nos interlocuteurs auront été informés de l’essentiel de notre foi. C’est un premier point de contact valable pour tous, me semble-t-il, d’autant plus que l’on constate a une énorme ignorance de cette vision biblique du monde.

 

En particulier, il est nécessaire de communiquer les éléments suivants de l’histoire humaine racontée par le Bible :

 

  • La création : il y a un Créateur qui est à l’origine de l’univers et les êtres humains ont de la valeur car créés à son image.
  • La chute : les êtres humains se sont détournés de Dieu.
  • La rédemption par la mort et la résurrection de Jésus-Christ.
  • Notre situation actuelle en tant que chrétiens entre deux horizons, notre conversion et le salut final, en vivant dans ce monde sans être du monde, comme le blé et l’ivraie qui poussent ensemble.
  • La concrétisation du choix de chaque humain par rapport à Jésus, soit par la perdition éternelle, soit par la gloire éternelle.

 

C’est ainsi que l’on peut raisonner sainement sur la substitution pénale, par exemple – non pas uniquement en tant que doctrine qui fait partie de la théologie systématique mais aussi comme doctrine qui se comprend dans le cadre de la théologie biblique qui cherche à discerner le fil rouge de la révélation progressive de Dieu à travers sa Parole.

 

En un mot, il s’agit de la foi qui permet de comprendre : « je crois afin de comprendre » (credo ut intelligam) comme le disait déjà Saint Anselme, en s’inspirant peut-être d’une phrase similaire chez Augustin.

 

Il est vrai que la pensée postmoderne rejette les « méta-récits », mais je ne vois pas d’autre choix que de mettre en valeur cette vision linéaire de l’histoire avec un Dieu souverain qui en est la maître, et qui nous révèle tout ce qui est nécessaire pour entrer dans cette histoire à titre personnel et communautaire. Il me semble qu’il y a plusieurs raisons pour cela.

 

  • D’abord pour présenter la vision biblique de l’histoire, parce qu’elle est vraie. Un proverbe bien connu semble s’appliquer ici : « chassez le naturel, il revient au galop ». Certes on refuse l’idée de la vision du monde explicative mais nos contemporains connaissent-ils le véritable « méta-récit » ?

 

  • Pour s’opposer à l’idée du « c’est mon choix ». Je propose parfois un dialogue imaginaire pour montrer combien la tolérance, la seule vraie valeur qui reste dans notre contexte actuel, peut affaiblir l’annonce de l’évangile : « Dimanche matin ma femme fait le marché, mon fils fait du vélo, moi je fais la grasse mat’ et ton truc à toi, c’est la louange ». Non, en expliquant l’évangile, nous ne proposons pas une préférence mais la réalité de l’existence.

 

  • Pour désamorcer la critique du prosélytisme. La raison d’être de l’évangélisation n’est pas de faire venir les gens dans mon Église, dans mon groupe. Non, l’évangile nous invite à entrer dans le déroulement de l’histoire humaine. Et la croix reste bien au centre de cette proclamation !

 

Néanmoins cette vision des choses est proprement choquante aux yeux de nos contemporains. Je vois au moins deux raisons pour cela. D’abord, les chrétiens prétendent présenter la véritable explication de la condition humaine, alors que la foi chrétienne classique est inacceptable dans le monde académique, par exemple. Le code de l’éducation précise la finalité de l’université : « Le service public de l’enseignement supérieur est laïque et indépendant de toute emprise politique, économique, religieuse ou idéologique ; il tend à l’objectivité du savoir » (article L141-6). Toute idéologie (et a priori toute « religion ») est perçue à la fois comme non objective et comme une tentative dangereuse d’imposer son pouvoir à des « victimes » qui subissent son emprise.

 

Et la deuxième raison, c’est que, en raison de leur compréhension du monde, les chrétiens divisent le monde en deux alors que l’air du temps prône le « vivre-ensemble ». Selon le Nouveau Testament, le monde est composé d’une part des chrétiens (les sauvés), et d’autre part des « autres », de « ceux du dehors ». Jésus a même affirmé qu’il n’était pas venu pour apporter la paix mais l’épée et le division au sein même des familles (Matthieu 10.34-35).

Certes les politiques ont raison de viser le « vivre-ensemble » au niveau de la cité, mais le corollaire de cette ambition risque d’être la perception que la religion est un élément dangereux et diviseur.

 

Il ne faut pas se tromper d’évangile en proposant moins que l’enseignement apostolique.

 

 

 

3) Il ne faut pas se tromper de culture

 

La troisième motivation des Églises émergentes est l’aspiration à être en phase avec la culture actuelle. Or, la culture est un concept globalisant et il serait prétentieux de vouloir la traiter de façon adéquate en fin d’intervention. Voici la définition de la culture proposée par l’UNESCO : « La culture, dans son sens le plus large, est considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société, un groupe social ou un individu. Subordonnée à la nature, elle englobe, outre l’environnement, les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions, les croyances et les sciences. »

 

Ce qui est trompeur, c’est que l’on pense parfois que les cultures occidentales se ressemblent aujourd’hui car certains phénomènes, tels que facebook, sont quasiment universels. Mais attention ! MacDonalds est partout. La laïcité ne l’est pas. Ni tous les aspects de la culture induite par des siècles de catholicisme. Ni le « nouvel athéisme » à l’anglo-saxonne. La pensée qui sous-tend la culture (les représentations mentales qui existent au sein de chaque culture) ont plus d’influence sur la pensée et les comportements que les éléments visibles.

 

En ce qui concerne la culture visible, il n’y a bien entendu aucun problème à préférer se réunir pour l’étude biblique chez Starbucks, par exemple, plutôt qu’à la salle de l’Église, surtout si on veut que nos amis non-chrétiens se sentent à l’aise. Cela dit, c’est au niveau des idées pratiques que les publications anglo-saxonnes issues du courant émergent me semblent bien souvent déficientes car trop orientées sur une culture donnée. Vues d’une perspective française, certaines propositions me semblent même assez infantiles puisqu’en France la religion est une chose sérieuse. Ce qui peut paraître une idée novatrice aux États-Unis fait craindre la secte en France. Notre marge de manœuvre hexagonale est réduite mais la réflexion et les tentatives de contextualisation n’en restent pas moins indispensables.

 

À un niveau plus profond de la culture, il me semble que la France se range du côté de ce que l’on appelle « la philosophie continentale » (plutôt non-fondationnaliste) plutôt que du côté de la « philosophie analytique » beaucoup plus courante dans les pays anglo-saxons et qui est, grosso modo, fondationnaliste dans son approche. En tout cas, l’école analytique est quasiment inexistante dans les livres de vulgarisation de la philosophie tels que ceux de Luc Ferry. D’une part, ce philosophe adopte l’approche de la phénoménologie et d’autre part il cherche à rétablir la philosophie comme une recherche de la sagesse, en répondant à des questions telles que « Qu’est-ce qu’une vie réussie ? », ou « Comment peut-on faire face à la mort ? » ou dans son livre La révolution de l’amour, « Comment fonder une éthique laïque qui tient la route aujourd’hui ? ». Par conséquent, je crains qu’un certain nombre de livres apologétiques traduits de l’anglais risquent de passer à côté du sujet en France. À quand un Voltaire évangélique pour le 21e siècle qui saura communiquer notre vision du monde avec brio et à la portée de tous?

 

 

Conclusion

 

Ce qui me frappe dans toutes ces réflexions, c’est de constater à quel point elles nous poussent vers ce qui est essentiel dans la révélation biblique :

  • L’époque contemporaine  nous amène  à vivre des relations saines avec Dieu, entre frères et sœurs, et avec notre prochain afin de démontrer la plausibilité de notre foi.
  • L’évangile nous amène à raconter le fil rouge de la Bible, le sens de l’histoire humaine et le moyen de salut offert en Jésus-Christ face au doute systématique quant à la possibilité d’accéder à des connaissances fiables
  • La culture nous amène à réfléchir sur le besoin de vivre sa foi de façon contextualisée afin de faire la part des choses entre l’immuable et le conjoncturel.

 

Il n’est donc pas étonnant qu’un certain nombre de réflexions issues du courant émergent entrent dans la vie courante des Églises évangéliques, et cela de façon irréversible vu le contexte postmoderne de la société contemporaine.

 

Il y a cinquante ans, la vie de nos Églises était beaucoup plus formelle, les années 60 ont vu arriver un style d’Église plus détendu, où la louange s’est substituée aux cantiques, et le bavardage dans la salle de culte a remplacé le silence religieux avant le culte. Nous sommes en train de muer de nouveau, en raison de la culture qui émerge aujourd’hui (encore ce mot …). Cela ne pose pas problème tant que le fond théologique reste prééminent malgré un changement de forme, et que la sociologie, l’observation de notre époque et de notre contexte social, reste un outil et non pas le facteur décisif quant à l’évolution des Églises.

 

En un mot, à la différence de certains penseurs du courant émergent qui affirment que l’ecclésiologie doit découler de la missiologie (comme je l’ai mentionné dans la troisième caractéristique des Églises émergentes), je crois fermement que la sotériologie, la doctrine du salut, doit sous-tendre la missiologie et l’ecclésiologie. L’évangile doit rester au centre !

 

Écoutons donc la logique implacable de l’apôtre Paul dans Romains chapitre 10 (à partir du verset 13) par rapport au titre de cette intervention : « Comme tu m’as envoyé dans le monde ».

 

« Car quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. Comment donc invoqueront-ils celui en qui ils n’ont pas cru ? Et comment croiront-ils en celui dont ils n’ont pas entendu parler ? Et comment en entendront-ils parler, s’il n’y a personne qui prêche ? Et comment y aura-t-il des prédicateurs (des « proclamateurs », des « annonceurs »), s’ils ne sont pas envoyés ? selon ce qui est écrit :

Qu’ils sont beaux

Les pieds de ceux qui annoncent la paix

De ceux qui annoncent de bonnes nouvelles ».

 

Que Dieu nous aide à bien écouter les réflexions du courant émergent, tout en restant totalement attaché à l’Évangile et à la nécessité de le faire connaître sans honte.

 

 

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