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Servir notre peuple

L’évangile n’a rien perdu de sa pertinence ! C’est véritablement une « bonne nouvelle » pour nous et nos contemporains. Cependant dans la société française contemporaine l’évangile n’est plus perçu comme telle. Pire l’évangile ne semble même pas plausible.

 

Pour illustrer le sens de ce mot, imaginons un instant un jeune célibataire français de 25 ans. Il vient d’entrer dans la vie active. Il est intelligent et honnête, et il décide de consacrer un samedi matin à réfléchir sur ce qu’il veut faire de sa vie. Vendredi soir, en rentrant du boulot, il passe à la papeterie du coin et achète un jeu de cartes bristol. Samedi matin, il prend sa douche, et prépare un bon petit déjeuner avec son café préféré issu du commerce équitable et deux croissants tout frais achetés à la boulangerie en bas de l’immeuble. Puis il se met au travail et petit à petit couvre ses cartes bristol de notes, en consignant avec soin les pour et les contre de chaque piste, en mesurant les conséquences de chaque choix:

- Options politiques : quelles convictions ? quel engagement possible ?

- Militantisme syndical ?

- Investissement associatif ?

- Combat pour la sauvegarde de la planète ?

- Mariage ? Quel profil de femme ? Des enfants ?

- Vivre dans la ville ou en zone rurale ?

- Quelle carrière professionnelle ?

- Privilégier les loisirs ? Le sport ? Les voyages ?

Or je vous pose maintenant la question qui tue : à votre avis, à la fin de la matinée, trouverions-nous sur sa table une fiche avec le titre : « Etre chrétien » ?

 

Je pense que la réponse serait « non » en ce qui concerne la plupart des personnes de cette génération – et probablement « non » également pour la majorité de nos contemporains de l’hexagone. Ils n’y voient pas une option à prendre au sérieux lorsqu’ils réfléchissent à leur vie. Le christianisme n’est plus qu’une offre parmi tant d’autres propositions qui semblent beaucoup plus alléchantes dans le grand supermarché des idées.

 

Même les chrétiens ont du mal à voir la pertinence de leur foi quand ils sont sur leur lieu de travail, dans leur école ou fac, ou dans leur association humanitaire. Les autres abordent la vie sans « l’hypothèse chrétienne », et ne paraissent même pas être conscients qu’il existe d’autres options possible, telle que la foi chrétienne. Ils ne voient pas dans le christianisme une vision cohérente du monde, car ils ne gardent que de vagues souvenirs de catéchisme ou de pratique de rituels incompréhensibles.

 

Comment faire pour que nos contemporains voient dans l’Evangile la réponse à leurs aspirations les plus folles et les plus profondes ? Comment faire pour que l’Evangile se trouve parmi les options crédibles pour nos contemporains ?

 

Alors que je réfléchissais à ces questions, je suis tombé sur un ouvrage sur ce thème écrit par un pasteur et théologien écossais.[1] Il rappelle que cette question est à la base de toute réflexion missiologique … depuis deux mille ans. Et que les églises ont adopté trois approches selon l’époque et les circonstances. Parfois avec bonheur, parfois en ouvrant le flanc à des critiques tout à fait justifiées.

 

Duncan MacLaren observe donc, avec la perspective de la sociologie, que les Églises se trouvent dans une société qui évolue sans cesse, un peu comme une grande rivière. Il existe trois options quand on se trouve dans un courant :

- tenir ferme, résister (ce qui équivaut en fait à « nager à contre-courant »)

- se laisser emporter par le courant (« suivre le mouvement »)

- troubler le courant en faisant des éclaboussures (« jeter un pavé dans la mare »).

L’étude réalisée par Maclaren, principalement en Grande-Bretagne, fait ressortir que les Églises plausibles utilisent en fait les trois stratégies en même temps car ces trois approches sont en réalité complémentaires, et chacune a un fondement biblique. Essayons donc de les approfondir dans notre contexte français.

 

Première approche :  vivre une forte identité évangélique.

 

Partout dans le monde, les sociologues observent que les options religieuses les plus contraignantes ont le vent en poupe. C’est une bonne nouvelle pour le chrétien évangélique ! Mais pas une surprise. Après tout, pourquoi quelqu’un voudrait-il devenir chrétien si cela n’ajoute rien à ce qu’il vit déjà entant qu’humaniste ?

 

Quant à nous chrétiens, nous disons avec l’apôtre Paul : « Je n’ai pas honte de l’Évangile » ! Nous continuons à annoncer l’Évangile en soulignant la splendeur de la grâce qui nous donne la vie éternelle mais sans cacher la réalité du jugement de Dieu envers ceux qui ne croient pas en Jésus, unique sauveur et médiateur entre nous et Dieu. Nous devons réaffirmer et vivre la véritable transformation de notre vie que produit l’Evangile. En un mot, nous n’avons pas honte d’être différents des autres pour la gloire de Dieu, car toute notre vie est vécue sous le regard de Dieu et pour sa gloire (1 Corinthiens 10 v31, Colossiens 3 v17).

 

Mais il y a une difficulté qui en découle. Cette forte identité induit une tension par rapport à ce qui est perçu comme normal dans la société environnante. Le chrétien, qui désire que Dieu soit glorifié dans sa vie, assume ce décalage. Mais il en est tout autrement pour celui qui n’a pas la foi. La porte est grande ouverte .. mais le seuil est élevé, et il n’est pas si facile d’y entrer. C’est la raison pour laquelle il faut ajouter une deuxième approche.

 

 

Deuxième approche : profiter de ce qui va dans le sens de l’Evangile.

 

C’est l’inculturation[2] de l’Evangile qui va permettre à notre entourage de voir la pertinence de l’Evangile. C’est la raison pour laquelle nous chercherons à vivre notre relation avec Dieu, enracinés dans la culture française. Tout comme les apôtres au Concile de Jérusalem n’ont pas imposé la « culture juive », nous pouvons affirmer : « Ne créons pas de difficultés à ceux qui ne sont pas juifs et qui se tournent vers Dieu » (Actes 15 v19). Paul l’a exprimé de façon lumineuse en écrivant aux Corinthiens « Avec les Juifs, j’ai été comme Juif afin de gagner les Juifs …avec ceux qui sont sans loi, comme sans loi (…) afin de gagner ceux qui sont sans loi. » (1 Cor 9 v20-21). Cette approche nous poussera à chercher les passerelles vers les non chrétiens pour communiquer l’évangile.

 

Quels sont les aspects de la société française qui gardent un écho de la foi chrétienne ? Quelles sont les grandes questions existentielles et sociétales qui conduisent nos contemporains à voir  la pertinence du récit biblique ? Il reste en effet beaucoup de traces du christianisme en France – la moitié des jours fériés, un certain sentiment de transcendance dans les vieilles églises, l’art et la littérature qui font constamment allusion à la Bible. Certains penseurs contemporains commencent à réaffirmer que la révolution opérée par le christianisme dans l’histoire des idées a permis d’aboutir à la déclaration des droits de l’homme, véritable fruit de l’héritage chrétien. Le christianisme, c’est aussi l’apparition de l’idée d’égale dignité de tous les êtres humains, ce qui est à l’origine de la démocratie moderne. Le baptême sur confession de foi, signe d’un choix personnel, ainsi que la gestion locale des Églises évangéliques par l’entremise d’associations cultuelles, sont tout autant des conséquences de ces valeurs bibliques. Cela vaut la peine d’expliquer que, loin d’être une importation religieuse, l’idéal des Eglises des professants est ce qu’il y a de plus proche des valeurs républicaines.

 

Troisième approche : chercher l’impact public.

 

« Pour vivre heureux, vivons cachés ». Cette expression proverbiale est tout le contraire de l’avis de l’apôtre Pierre : « Ayez une bonne conduite au milieu des païens. Ainsi, dans les domaines mêmes où ils vous calomnient en vous accusant de faire le mal, ils verront vos bonnes actions et loueront Dieu le jour où il interviendra dans leur vie » (1 Pierre 2 v12, version du Semeur).

 

Pour que l’Evangile soit plausible, il faut donc qu’il soit visible ! C’est le rôle de chaque membre de l’église, en veillant à communiquer dans son entourage qu’il est chrétien. Il n’est pas nécessaire de le faire de façon agressive. Il s’agit plutôt de ne pas cacher notre foi … pour que la perception de nos contemporains soit modifiée ! Sans cette identité assumée publiquement, ils pourraient conclure trop rapidement qu’il n’y a plus de chrétiens aujourd’hui en France.

 

Cet impact public passe aussi par la présence des chrétiens et de l’Eglise dans l’espace public. Il n’est pas question de contester la laïcité des institutions, mais de vivre notre foi au vu et au su de tous. En réalité, il existe trois espaces qu’il faut bien distinguer :

- l’espace privé, celui des individus et des familles

- l’espace public et social de la société civile

- l’espace public et civique de l’Etat, de la loi et du droit

Les Eglises évangéliques françaises acceptent sans problème que les religions devront être et sont effectivement exclues du troisième espace, qui est le fait des institutions de la République dans le rôle qui leur est assigné par les lois. En revanche les convictions religieuses ont toute leur place dans la société civile, comme l’ensemble des autres corps intermédiaires aujourd’hui reconnus par la République : syndicats, partis, associations, organisations professionnelles, organisations culturelles. Prenons donc notre place dans le champ qui nous est ouvert : forum des associations, marchés de commerce équitable, action sociale et humanitaire, participation au débat public, actions culturelles …. On peut se poser la question : comment être utile à ma ville ?

 

Enfin, l’impact public passe par les moyens de communication modernes. Nous ne devons pas être en phase seulement avec l’histoire de notre pays, mais aussi avec sa réalité actuelle. Cette réalité se définit de plus en plus par la multiplication des moyens techniques et informatiques à notre disposition. C’est par une utilisation à la fois sage et audacieuse de ces moyens que l’on crée l’impact.

 

En résumé.

 

Résister, jeter des ponts vers la société environnante, chercher la visibilité : voilà les trois approches que les biblistes et les missiologues analysent pour comprendre l’essor du christianisme. Il ne s’agit pas ici d’adopter un nouveau mode éphémère mais de saisir ces enjeux au niveau de toutes les Églises évangéliques de France, de leurs instances et de tous les chrétiens qui en sont membres.

 

Nous avons un message immuable à transmettre.

Nous devons le transmettre de façon à ce que nos concitoyens voient sa crédibilité historique et actuelle.

 

Prions donc que l’évangile soit de plus en plus plausible en France, qu‘il y ait de plus en plus de véritables conversions. En un mot, que Dieu soit glorifié.

 



[1] Duncan MacLaren Mission Implausible Paternoster 2004. Duncan Maclaren n’est pas à confondre avec Brian McLaren, auteur de livres sur les églises émergentes.

[2] « L’inculturation est un terme utilisé en missiologie chrétienne pour désigner la manière d’adapter l’annonce de l’Évangile dans une culture donnée. … ». (Wikipedia). Charles-Daniel Maire, dans son livre « Parole de Dieu, des hommes » (publié par la Ligue en 2006), préfère le mot ‘contextualisation’.

 


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